Entretien Marine Renauld : la pièce se joue en cuisine

Entretien Marine Renauld : la pièce se joue en cuisine

 

Pour Arrête ton char, je suis allée à la rencontre de Marine Renauld, autrice du Festin des esclaves pour la collection « Les Petits Latins » qui s’est bien étoffée depuis 2021 et la sortie d’Ex nihilo. Genesis deorum. Du néant. La naissance des dieux qu’elle a coécrit avec Guillaume Diana. Dans tous les titres parus depuis, aucun ne traitait encore de la question des esclaves ou de la cuisine. Les thématiques sont abordées d’une manière ludique : Marine Renauld crée une véritable pièce de théâtre en latin.

Julie Wojciechowski

J. W. : Bonjour Marine, pourriez-vous nous présenter ce Festin des esclaves en quelques mots ?

Marine Renauld : Avec De cena servorum, j’invite les lectrices et les lecteurs à s’installer en cuisine avec un trio d’esclaves – Gaius, Gallus et Tranche – qui œuvrent pour le célèbre Trimalcion. Je me suis appuyée sur le Satiricon de Pétrone, plus spécifiquement les chapitres centraux consacrés à ce personnage haut en couleurs qu’est Trimalcion, un riche affranchi qui a fait fortune et qui donne un banquet où les maîtres mots sont excès et démesure. Lorsque celui-ci renvoie sa première équipe d’esclaves en cuisine pour qu’ils puissent manger, en appelant la deuxième équipe, nous ignorons ce qui se passe réellement en coulisses et ce que ces esclaves peuvent bien se raconter ! C’est ce que j’ai souhaité imaginer : au tour des esclaves d’organiser leur festin !

 

J. W. : Quelle est la place de Trimalcion, l’esclave parvenu de fiction rendu célèbre par Pétrone dans le Satiricon, la principale inspiration de cet ouvrage ?

M. R. : Le volume est divisé en douze livres, un premier à part puis les onze suivants. En effet, c’est Trimalcion qui se présente avant de laisser ensuite la place à ses esclaves. J’ai opté pour un format dialogué, qui permettait aux esclaves romains de s’exprimer en leur propre nom.

 

J. W. : Quelles sont les personnalités que vous avez créées pour donner le change à Trimalcion?

M. R. : Si Tranche existe et s’il est nommé par Pétrone au chapitre XXXVI du Satiricon, il m’a fallu créer deux autres personnages afin de lui donner la réplique. Le cuisinier, Gaius, est lui aussi présent dans le texte source mais il n’a pas de prénom. Je leur ai associé Gallus, pour que les points de vue soient encore plus riches. Chacun a son caractère. Tranche est le plus sceptique des trois, celui qui a conscience de sa condition d’esclave et qui refuse de s’en satisfaire. Gallus, c’est l’esclave un peu simplet, peu instruit, qui est heureux d’être esclave de Trimalcion car il est finalement plutôt bien traité et il a l’espoir d’être libre un jour. Il est très admiratif de son maître et de son parcours d’ancien esclave affranchi. Enfin, Gaius, en raison de son statut de cuisinier, se considère comme plus important que ses camarades, mais il reste malgré tout sympathique.

 

J. W. : Ces personnages truculents sont faits pour être incarnés.

M. R. : Tout à fait. Le caractère comique du texte de Pétrone se prêtait d’ailleurs bien à une telle réécriture théâtrale et j’ai essayé, dans mon écriture, de rendre les plus vifs possible les échanges entre les membres de ce trio. J’espère que les enseignantes et enseignants de latin feront jouer à leurs élèves des extraits du texte, il a été conçu dans ce but.

 

J. W. : Inviteriez-vous vos lecteurs à s’inspirer des recettes proposées ?

M. R. : Certaines recettes du festin de Trimalcion, associées à leur dimension spectaculaire, sont tout de même assez hasardeuses ! Je ne sais pas si tous ces mets seraient au goût de nos palais modernes, notamment les fameux œufs de paon (couvés par une poule !) dans lesquels on trouve un oiseau bien gras avec du jaune d’œuf au poivre… Je préférerais encore le sanglier coiffé de son bonnet d’affranchi!

 

J. W. : Un petit mot pour les futurs lectrices et lecteurs ?

M. R. : J’espère que leur lecture de De cena servorum sera aussi enthousiasmante que son écriture l’a été pour moi. J’ai pris beaucoup de plaisir à imaginer l’histoire de ces trois personnages qui m’ont bien fait rire au fil des pages ! Je souhaite également que ce Petit Latin permette au plus grand nombre de découvrir ou redécouvrir la condition de vie des esclaves dans l’Antiquité romaine, avec toutes ses nuances et ses subtilités. Ce n’est pas toujours aussi simple et aussi manichéen qu’on l’imagine. C’est aussi l’occasion de réfléchir à ce que veut dire le mot « esclave » dans nos sociétés contemporaines et à ce qui peut subsister encore aujourd’hui de tout cela. 

 

Pour aller plus loin :

  • Pour lire « l’entretien attablé » de Marine Renauld pour le blog de La Vie des classiques :

 https://www.laviedesclassiques.fr/club/ressources/entretiens/entretien-attable-avec-marine-renauld

  • Pour feuilleter l’ouvrage De Cena servorum :

https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782377751099/de-cena-servorum-le-festin-des-esclaves

 

A propos ju wo

Professeur de français et des options FCA et LCA dans l'académie de Lille. Passionnée de cultures antiques et de langues anciennes et attachée à leur rayonnement et à leur promotion dès l'école primaire. Co-responsable du concours ABECEDARIVM pour l’association ATC.

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